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Parution Gérard PAVY 2012

La dynamique des sexes au travail: l'amour, le pouvoir et l'inconscient.  

L'Harmattan, 2011

Ce livre nous aide à décrypter les fantasmes qui opèrent au travail, en établissant des passerelles entre la vie de famille, la vie privée du couple et la scène de l'entreprise.

  

 

 

Séminaire Etre acteur dans un contexte de changement à Sciences Po Paris

Pour savoir décrypter les jeux de pouvoir et les mouvements pulsionnels qui influencent les choix et les comportements dans les organisations.

Pour mieux connaître et utiliser des capacités dans un contexte en changement

 

http://www.sciencespo.fr/executive-education/etre-acteur-dans-un-contexte-de-changement

Par Gérard Pavy

Ce livre est toujours disponible aux éditions Buenos books international.

 

 

"D'Oedipe Roi au Roi Lion: Psychanalyse et Dessins

Vous pouvez entendre l'interview de Sabine Broddes sur Radiodpsychezvous à propos de son livre 'D'Oedipe Roi au Roi Lion"

 

http://www.buenosbooks.fr/oedipe.html

Le Sommeil des Enfants Petits et Grands

Anne-Sabine Broddes, auteure

 

Ce livre invite les jeunes lecteurs à prendre conscience de la valeur d'un bon sommeil au point de vue de leur développement tant physique, émotionnel que psychologique.

 

Buenosbooks

Ecoutez-nous sur radioequilibre et radiodpsychezvous

23/02/2013

Le regard psychanalytique sur l'enfant, sur l'ado, sur nos fantasmes;

Ecoutez Sabine BRODDES sur les processus du développement de l'enfant au travers de dessins animés, dans tapis volant 1 , tapis volant 2

Rejoignez Anne-Sabine BRODDES dans une émission ouverte au public sur les Ados dans Questions d'adolescents

Information psy

Il n'est pas de jour ou de pays où ne survienne un meurtre imputable à la maladie mentale. Un malade mental est un être humain qui devient étranger à la collectivité dont il était membre.

Sceptique
Réflexions sur l'actualité, politique, économique, scientifique, les phénomènes de société. Billets d'humeur ou d'humour à l'occasion.

05 avril 2010

Meurtre dans le RER

Étrangeté réciproque: sa société ne le reconnaît plus, et lui, se sent persécuté, rejeté, ignoré, et en même temps, envahi par sa société. 

Le vécu du malade mental est celui d'une perméabilité de ses limites.

Les sociétés modernes sont tenues de prendre en charge cette réalité, de protéger leurs citoyens "normaux" contre les actes vengeurs de ces exclus, et les exclus, de l'abandon réel, des effets du rejet réciproque.

Elles recourent à une profession médicale spécialisée, les psychiatres, formant un service public* dédié à cette réalité, la psychiatrie publique. Organisée en secteurs, rattachés à un hôpital spécialisé, ou à un service spécialisé d'un hôpital général.

Le principe est qu'un malade déclaré soit pris en charge par le secteur couvrant son lieu de résidence. Le secteur doit prendre en charge toute personne qui lui est signalée et dont il constate l'état pathologique

Hormis la situation du passage à l'acte inaugural de la maladie, dont tout signe annonciateur aurait échappé à l'entourage, ce qui est, en fait, une situation fréquente, la situation commune est 1) la connaissance du diagnostic. 2) la prescription et le suivi d'un traitement adapté. 3) l'abandon du traitement, la rupture de la relation avec l'équipe du secteur (psychiatre, infirmier, psychologue, assistante sociale), la rechute de l'état pathologique dans les semaines qui suivent.

La rupture de la relation thérapeutique, faite d'entretiens et de renouvellement du traitement, ne peut échapper à l'équipe.

Si une position philosophique, consistant à respecter la liberté du patient en rupture, et à ne pas remuer ciel et terre pour le retrouver, est possible, l'évolution en termes d'intérêt des politiques pour cet aspect de leur responsabilité, est un facteur essentiel.

Les équipes de secteur sont réduites, et n'ont plus les moyens d'une réactivité immédiate à ces situations de "malades dans la nature".

La pénurie de psychiatres et d'infirmiers psychiatriques a été enclenchée il a bientôt vingt ans.

Ce n'est pas une situation spécifique de la France.

Mais une évolution de la société occidentale, qui, après une phase d'hyper-conscience, est revenue à une forme d'ignorance militante.

L'ignorance de la maladie mentale fait partie de ses symptômes!

J'ai entendu un jour un suédois déclarer:

"En Suède, pour être pris au sérieux (par le service public de psychiatrie) il faut dire qu'on va se tuer, ou qu'on va tuer quelqu'un.

" Où en sommes-nous, en France?

De multiples faits ou témoignages, révélés publiquement à l'occasion de ces "faits divers", montrent la difficulté de transmission de l'information préventive, soit à sa source possible, l'entourage du malade, cramponné au déni, soit plus souvent du côté du destinataire, le service public de la psychiatrie, aux "abonnés absents", ou dont l'existence et l'adresse sont inconnus des intermédiaires naturels: médecins généralistes, mairies, police ou gendarmerie. Les parents, ou les victimes potentielles, angoissés, se retrouvent devant des murs.

Face à cette situation, un signalement, par écrit, doit être adressé au maire de la commune, possédant un pouvoir de police, et à la représentation de l'État, sous-préfecture ou préfecture.

L'absence de réaction, de part ou d'autre, est improbable.

Sceptique

*Il existe également, en France, un exercice privé de la psychiatrie, également en situation de pénurie et de surcharge de travail.

Le psychiatre privé a une responsabilité individuelle, au même titre que tout médecin, mais doit passer par le service public en cas de nécessité d'une hospitalisation forcée.

Posté par Sceptique à 06:54 - Science et politique - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le malade mental "se sent persécuté, rejeté, ignoré, et en même temps, envahi par sa société.

Le vécu du malade mental est celui d'une perméabilité de ses limites."

merci pour cette caractérisation qui m'éclaire beaucoup. Posté par pg, 05 avril 2010 à 21:11

Bonsoir,

Je suis tombée ici par hasard, et j'ai lu cet article, qui m'intéresse beaucoup.

Les informations sont justes et précieuses dans leur ensemble.

Dans le cas précis de ce jeune schizophrène qui fait la une, il faudra attendre d'avoir plus de renseignements sur les "dysfonctionnements de la police et du service médical", que dénonce l'avocate du jeune patient, pour pouvoir discerner les circonstances exactes qui ont mené à ce drame.

Par contre, à un niveau plus général, il me semblait important de souligner combien ces passages à l'acte de patients pris en charge en psychiatrie (en continuité ET en rupture de soins) ayant pour conséquence la mort étaient rares...

En effet, on en parle énormément dès que l'auteur du crime est un patient psychiatrique, cependant ces derniers tuent bien moins que ceux qui n'ont jamais eu d'antécédents psychiatriques.

Une infime partie des patients psychiatriques s'avèrent être dangereux, et dans une partie des cas, cette instabilité survient seulement à un moment de leur vie, dans l'évolution de leur pathologie.

Encore aujourd'hui, les journalistes emploient les termes "internés", "évadés"...

N'oublions cependant pas que les hôpitaux ne sont pas tous des hôpitaux prisons, et que les patients dont l'état le nécessite peuvent être hospitalisés sous contrainte ("d'office" ou "à la demande d'un tiers"), mais certainement pas internés comme au temps jadis. Jouer sur les termes contribue aussi au sentiment de dangerosité et d'insécurité vis à vis de ces personnes.

Je trouve cela dommage, car la diabolisation de la psychiatrie dessert le progrès qui y est possible, et qui passe par le regard que l'on porte sur elle, au niveau individuel et national.

Inutile de rajouter que l'hospitalisation sous contrainte à tour de bras n'est pas la solution.

Par contre, le suivi au long cours lorsque les patients sortent de l'hôpital marche très bien en France, même si effectivement, le personnel manque cruellement, comme dans le système de santé en général.

Bonne soirée :)
Posté par Goodbye C., 05 avril 2010 à 22:44
@Goodbye

Je vous remercie de votre commentaire, et je l'approuve en tous points.

C'est effectivement le suivi des patients psychotiques qui est essentiel.

Mais la rupture de la relation thérapeutique en constitue le point faible, et la réactivité de l'équipe devrait être immédiate et obstinée. Elle n'en aurait pas les moyens? C'est probable de nos jours. Mais j'ai cependant observé, au temps où j'exerçais, une grande inégalité des secteurs.

Tout dépend du responsable du secteur, de sa vision de sa spécialité, de sa conception de sa responsabilité vis à vis de la société.

Le psychiatre est l'interface entre le malade, qu'il est le seul à comprendre, et la société, qui s'en décharge sur lui.

Sa connaissance et sa pratique l'incitent à être partial, en faveur de ses malades, et à mépriser l'ignorance de la "société".

C'est pourquoi il faut un rappel des obligations en cas de situation potentiellement dangereuse créée par une rupture de traitement par un patient pris en charge par la psychiatrie publique.

S'adresser à la police est habituellement inutile. Elle fait partie de la "société" et partage l'ignorance commune. S'adresser au secteur concerné?

Encore faut-il le connaître? Sa dénomination précise, généralement complexe, presque codée, est introuvable dans l'annuaire ou à l'aide des moteurs de recherche. Par contre, le maire d'une commune hébergeant un dispensaire de secteur, ou l'administration préfectorale, sont forcément informés de la marche à suivre, et ont l'autorité pour mobiliser le secteur.

Le rapport d'ignorance entre les "normaux" et le monde de la psychiatrie (malades et soignants) est défensif, mais irréductible. L'ignorance de la maladie mentale fait partie de ses symptômes! Posté par Sceptique, 06 avril 2010 à 05:49 Compléments

  • Les passages à l'acte meurtriers de malades mentaux sont effectivement rares, mais peuvent faire plusieurs victimes*.
  • Ils peuvent être prévenus par la reprise en mains des malades en rupture de soins.
  • Un confrère a souligné que dans l'état actuel de la Loi, il n'y a pas d'obligation de soin.
  • La reprise du traitement ne peut résulter que de la persuasion.
  • Mais cette dernière nécessite une reprise du contact entre le soignant et le soigné.
  • La médiatisation, et l'émotion qu'elle relance et diffuse font partie de notre civilisation.
  • Il faut accepter la liberté de l'information et ses à-peu-près. Le système de défense qu'est l'ignorance se reconstitue vite.

* Voir mon billet:"De la mélancolie à l'Amok"
Posté par Sceptique, 06 avril 2010 à 09:29

Les structures psychiques au cinéma

27/06/2010

Repérage des discours et symptômes dans les personnages de film

La journée du 27 JUIN a été consacrée à l'étude de la psychopathologie des personnages d'œuvres cinématographiques.

Plus particulièrement, ce dimanche,fut étudiée la névrose obsessionnelle ou, tout au moins, les symptômes obsessionnels repérables dans le jeu des personnages .

Les films retenus parmi beaucoup d'autres tout aussi révélateurs furent: "Confidences trop intimes" et "le coût de la vie".

Ont été analysés les avatars de la structuration psychique de l'obsession comme de l'hystérie.

Les structures psychiques au cinéma et au théatre

05/07/2010

Nos études sur l'hystérie

Lors de L'année 2009,  notre journée d'étude sur les structures cliniques au cinéma portait sur l'hystérie.

Suivant les premières amours de Freud, nous l'avons accompagné dans les "études sur l'hystérie" qu'il avait travaillé avec Joseph Breuer et nous avons ouvert sur William Shakespeare et "Catherine", sur Alfred Hitchcock et sa "Marnie" ainsi que sur Cédric Klapisch et "un air de famille".

 

Force est de constater qu'a quelques détails contextuels près, les structures, personnalités et caractères hystériques restent pertinents dans le transgénérationnel!

Pour commencer ce thème de l'hystérie, voici un texte sur la Catherine de Shakespeare, texte présenté lors d'un colloque "littérature et psychanalyse" à Londres. 

LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE OU LA BELLE CATHERINE

Selon Freud, les poètes ont une grande capacité à percevoir ce que d'autres ne voient pas, compte tenu de leur courage à laisser s'exprimer leur propre inconscient, mais sont amenés à effectuer des modifications de leurs perceptions pour rendre celles-ci acceptables par le public, en "tempérant l'ensemble et comblant des lacunes".

Ceci ne demande plus a être vérifié tant l'oeuvre de Shakespeare a été étudiée sous un angle psychanalytique.

C'est avec "thé taming of thé shrew" traduit habituellement "la mégère apprivoisée" que je propose une lecture possible de la problématique hystérique à travers celle que je rebaptiserais volontiers "La belle Catherine". Cette pièce est un plaidoyer touchant en faveur de cette femme pour qui son identité sexuée est une énigme. Il semble en effet que Shakespeare ait perçu à quel point l'agressivité des femmes prises dans ce type de structure est une demande d'amour exprimée dans un profond désarroi.

L'INTRIGUE

L'histoire, telle qu'elle a été mise en forme pour nous être représentée, met en scène un riche bourgeois, Baptista,  ayant deux filles en âge de se marier.

Catherine, l'aînée, animée d'un farouche caractère, met à mal l'ensemble des prétendants au titre d'époux. Sa réputation de mégère étant établie, elle l'entretient, s'y trouvant piégée. Bianca, la cadette, douce, docile, gentille, sachant tirer l'aiguille, "la blanche", amène bon nombre de postulants au mariage à graviter autour d'elle.

Il n'est fait mention ni d'épouse pour Baptista ni de mère pour ses filles et, si cela est assez courant dans l'œuvre de Shakespeare, cela peut, dans le cas présent, illustrer une hypothèse concernant l'image maternelle pour Catherine.

Pour que Bianca puisse se marier, Baptista pose la condition absolue que Catherine le soit d'abord. Les prétendants de Bianca, impatients de réaliser leurs projets d'union avec la plus "aimable" des deux sœurs, cautionnent Pétruchio, bourgeois de Vérone en quête d'un riche mariage, afin qu'il les débarrasse, par ce biais, de l'encombrante Catherine.

Pétruchio annonce que, la dot étant fameuse, il fait son affaire du caractère de la mariée.

Nous voyons évoluer sous nos yeux notre mégère qui deviendra, pour qui saura en faire le pari, une femme révélée, prête à accepter de vivre sa féminité comme postulat de base et point de soutien de son désir.

Je laisse de côté les multiples rebondissements des prétendants de Bianca pour ne considérer que la personnalité de Catherine et le bénéfice qu'elle peut tirer de sa rencontre avec Pétruchio.

CATHERINE ET BIANCA "LA BLANCHE"

Bianca, la sœur cadette, possédant les "qualités" communément demandées à une femme pour convoler en justes noces, est à mon sens, tout au long de la pièce, un élément révélateur mis en place pour que puisse se dévoiler, sous nos yeux, la problématique de sa sœur ainée.

Elle est en position de miroir dans lequel Catherine croit voir son incapacité à être aussi tendrement aimée par le père que sa soeur cadette. Elle annonce les difficultés dans lesquelles Catherine se débat et permet que se fassent jour les fantasmes de celle-ci. Elle la pousse dans ses retranchements pour que la parole hystérique vienne colorer le tableau.

Je précise dès à présent qu'il ne s'agit pas de reprendre un débat stérile, misogyne ou phallocrate, pour déterminer qui, de l'homme ou de la femme, doit porter le pantalon et la manière de le porter. Il s'agit d'essayer de voir ce que cette rencontre, entre deux personnes dotées de forts caractères, va mettre au jour de ce qu'il en est d'"être" et la recherche difficile de cette féminité que Freud nommait "continent noir".

Depuis Freud jusqu'à plus récemment Lacan, de nombreux auteurs ont essayé d'apporter leur éclairage au désir de la femme et, c'est avec le témoignage que pouvait faire François Perrier sur la structure hystérique et le dialogue analytique qui l'accompagne, que j'ai choisi de relire "la mégère apprivoisée".

C'est autour de l'intensité du désir mis en jeu, pour l'un dans la belle Catherine, pour l'autre dans la problématique hystérique chez la femme, que nous pourrions dégager l'idée d'une thématique commune entre l'écriture du roman chez Shakespeare et l'interprétation analytique chez Perrier.

En effet, ces deux auteurs nous permettent d'entendre quelque chose de l'impérieuse revendication d'amour et du désespoir qu'elle dissimule derrière les diverses situations d'agressivité et d'incompréhension.

Pour soutenir l'idée de la problématique hystérique de Catherine, je rappelle que pour présenter un des cas de ce type qu'il a interprété, dans les études sur l'hystérie, Freud l'a surnommé Katharina. Coïncidence ? pourquoi pas !

Nous avons, dans les quarante premiers vers de l'acte II, le portrait quasi complet de l'hystérie chez la femme avec la mise en scène de la question "qu'est-ce qu'une femme ?" et de la situation familiale que la caractérise. Pour François Perrier la femme hystérique se présente soit sur le versant de la défensive, "la belle indifférente" qui ne prend pas la parole mais laisse son corps s'exprimer pour elle, soit sur le versant de l'offensive.

Sur le versant de l'offensive, qui est celui qu'utilise Catherine dans sa rencontre avec Pétruchio, nous pouvons voir à l'œuvre un trait caractéristique de la femme hystérique qui se fait "la militante du sexe et de l'amour".

Si elle aimerait bien se marier et rencontrer l'amour, il ne faudrait quand même pas que cela se fasse avec n'importe qui et de n'importe quelle façon ! En effet, entière dans ses convictions et ses passions elle souhaite rencontrer l'homme à sa mesure qui pourrait, comme elle, être aussi inentamé.

Ceci ne peut que poser quelques problèmes, non pas de choix, mais de réalité car peu d'hommes qui soient réellement des hommes, c'est-à-dire assumés sous le signe de la castration, ne peuvent correspondre à son attente. En effet, Catherine présente apparemment des difficultés à séparer les deux plans distincts du fantasme et du réel.

Aucun homme ne peut correspondre à l'image idéale du mâle puissant possédant à lui seul ce qui justement se retrouve dans l'amour ce que chacun des deux partenaires donne à l'autre, s'acceptant comme symboliquement castré.

De son regard perçant elle dévoile à coup sûr ce que chaque homme qu'elle rencontre possède, comme signe de faille dans sa toute puissance.

"Tout son malheur vient des hommes" mais elle aimerait bien comprendre pourquoi elle, Catherine, possédant tout ce qui est nécessaire pour être aimée, ne parvient pas à faire s'agenouiller devant elle autant de soupirants que sa sœur (ne serait-ce que pour les renvoyer à leur incapacité à la faire jouir).

La jouissance est ici à entendre dans l'acception la plus large du terme ne se limitant pas à la jouissance sexuelle mais comme rayonnement portant la totalité de l'individu en interaction avec les partenaires de son existence. Elle s'interroge sur la question de savoir ce qu'une autre femme peut receler comme secret et se tourne vers sa sœur Bianca pour lui demander de dire ce qu'elle recherche dans tous ses prétendants et ce quelle détient pour tant leur plaire.

Seraient-ce les bijoux ? ces bijoux qu'elle arrachait à Bianca au début de la scène et qui visiblement ont pour Catherine une signification dans leur présence/absence. Bianca ne précise-t-elle pas qu'en les lui ôtant, sa sœur la désigne comme servante, esclave.

D'autre part, n'est-ce pas contre ce paradoxe évident entre la candeur affichée par sa sœur dans son prénom même et la turpitude de ses agissements avec ses prétendants et son entourage que Catherine se dresse en premier ?

Ce qui ne veut absolument pas dire que Catherine ne soit pas capable de reprendre, à son compte, ces turpitudes qu'elle dénonce, dans une appropriation singulière et dont elle saura faire usage !

En effet, une des caractéristiques de l'hystérie est de dévoiler le subterfuge mais dans un mouvement protéiforme l'adopter en s'y coulant avec une adresse déconcertante.

Cette "raisonneuse frigide" nous dit François Perrier "se refuse aux gratifications sexuelles, tout en consolidant une jalousie envers une belle-mère, une sœur, ou toute autre rivale sexuellement interdite au mari". C'est Bianca que Shakespeare met en place pour tenir ce rôle de rivale jalousée.

Pour compléter et remettre cette phrase dans le contexte, je rappelle, s'il le faut, que toute femme hystérique n'est pas forcément frigide mais qu'en revanche Freud précise qu'il tient pour hystérique toute personne ayant du "dégoût" pour la sexualité.

CATHERINE ET SON PÈRE

Quand Baptista, le père, entre en scène, il vient compléter le tableau de la femme hystérique. En quelques vers, Baptista nous indique dans quelle dichotomie il tient la femme.

Soit une pauvrette pleurant et sachant tirer l'aiguille (sa fille Bianca), soit une haridelle endiablée devant en être honteuse (sa fille Catherine). Par ailleurs il se décrit lui-même comme défaillant en soulignant que jamais homme ne fut plus à plaindre que lui.

Pour François Perrier : "La femme hystérique dans son offensive langagière se maintient dans une double insatisfaction.

De par sa position phallique, elle se réfère à un idéal du Moi masculin que pour constater la carence de celui-ci en son géniteur... du côté du Moi idéal homo sexué, elle ne trouve dans sa mère œdipienne qu'une femme regressivante qui dévalorise le modèle de féminité qu'elle aurait dû incarner".

Nous avons noté l'absence de mère pour Catherine et Bianca ainsi que l'absence d'épouse pour Baptista. L'absence de mère symbolise donc l'absence de modèle féminin valable auquel Catherine aurait pu s'identifier. Par ailleurs, Baptista est présenté comme un père impuissant à symboliser la puissance phallique que la femme pourrait désirer. Il est non désirant et non désiré.

Nous pouvons ainsi avec cette particulière configuration familiale repérer ce qu'il en est de la classique image œdipienne dans cette problématique.

Toute la dimension du manque et de la non circulation du phallus est ici précisée sans détour par Shakespeare, par l'apparence du père et par l'absence de mère, cette absence mettant en exergue la dimension insignifiante de celle-ci pour la femme hystérique.
 

François Perrier ajoute que "la castration chez la fille est prise en charge d'elle-même au jour où la mère ayant désir du père devient, à ses yeux, une femme qui sait trouver en son homme ce que celui-ci n'a pas tout à fait".

Toute femme et la part féminine de tout homme peuvent vérifier et confirmer ce en quoi Baptista ne peut donner envie d'être femme et d'accéder aux joies des épousailles, fussent-elles matériellement comblantes par le truchement de la dot.

Restée au stade des identifications imaginaires, Catherine ne peut assumer sa castration et modifier pour elle, dans une actualisation qui lui serait propre, le scénario du couple parental.

En conséquence, il ne lui reste plus qu'à défendre une position intenable qui serait celle d'une possible complétude au sein d'une bisexualité fantasmatique.

Il ne lui manque rien.

Cependant, si ce fantasme peut tenir quelques temps, elle n'en reste pas moins soumise à la quête de la reconnaissance de sa féminité et elle adresse un pathétique appel au père au vers 31, "what will you not suffer me ?" pour lequel je propose ma propre traduction qui est : "Quoi, ne pourrez-vous jamais me souffrir ?"

Cette souffrance, elle la reprend à son compte dans ce moment d'authentique désespoir après avoir clamé son mépris pour les hommes. Seule avec son père, elle peut lui adresser une demande d'amour qui pourrait la faire femme s'il acceptait de la voir comme telle et dans le même mouvement lui donner les clefs de son ascension à ce statut : vers 31 & 32 "...Votre trésor, c'est elle, je le vois ; elle a droit au mari." Désespoir touchant mais fugitif moment ne rencontrant pas d'écho et qui sera repris aussitôt dans le tourbillon de sa structure : vers 35     "jusqu'au jour où j'aurai chance de me venger."

Ne pouvons-nous pas, dans ce passage, retrouver l'idée de Freud selon laquelle la vie sexuelle infantile arrive à son terme dans des circonstances pénibles laissant des sentiments profondément douloureux."

La perte d'amour et l'échec portent au sentiment d'estime de soi, un préjudice durable qui reste comme cicatrice narcissique".

Nous pouvons noter à ce moment, la douleur de l'enfant Catherine qui, blessée par son échec de reconnaissance par son père comme femme, persiste à croire qu'elle pourra réussir avec les autres hommes là où elle a échoué avec son père, en utilisant alternativement la séduction, l'agressivité, la menace de vengeance, signe que c'est toujours la même structure qui est agissante.

En fait, son attitude est plus révélatrice de cette difficulté qu'une possibilité de la surmonter.

Cette blessure enkystée ainsi que les imagos dont elle se soutient qui ne sont pas suffisamment valeureuses, ne peuvent permettre qu'elle trouve, dans son image, la cause du désir de l'homme.

CATHERINE ET PETRUCHIO

Pour aborder sa rencontre avec Pétruchio, téméraire amant qui, se faisant fort d'obtenir la récompense promise, est bien décidé à franchir tous les obstacles que l'inaccessible Catherine dresse devant elle, nous nous tournons à nouveau du côté de François Perrier et de ses portraits croqués des maris de la femme hystérique.

Jamais ils ne peuvent correspondre à l'homme auquel elle a droit, cela nous l'avons déjà repéré. Ils peuvent finir par abandonner la lutte et ne plus chercher à s'y retrouver ou bien, plus inquiet sur eux-mêmes, se prendre au jeu et s'interroger sur leur virilité.

Quoiqu'il en soit, c'est en les écoutant que l'on peut entendre quelque chose de la chronique insatisfaction de leurs femmes.

"Sexuellement, leur dilemme est le suivant : ou le désir de la femme est un ordre et, faute d'être maîtres de leur érection, ils deviennent impuissants ; ou bien, préférant leur heure à celle de l'épouse pour échapper au fiasco, ils rationalisent en hommes - sur les plaintes inlassables d'une raisonneuse frigide"... "il promène une agoraphobe ; il veille une insomniaque ; il nourrit une vomisseuse ; il est femme de ménage d'une intellectuelle. Et plus il en fait, plus on lui en veut, et plus on le trouve frustrant".

Caricatures !, pourrait-on penser si l'expérience clinique ne venait pas confirmer l'existence de ce type d'hommes décrit par François Perrier.

Pour d'autres moins typiquement marqués, ce modèle peut servir dans la mesure où un contour accentué permet de repérer une courbe plus discrète, moins radicalement visible et dessiner une approche permettant de repérer ce qu'il en est d'un profil.

De toute évidence, notre Pétruchio est loin de correspondre même partiellement à cette silhouette et c'est bien pour cela que notre mégère, après avoir subi toutes sortes de frustrations orales et sexuelles, se retrouve avec comme unique bagage dans la relation, son corps sexué comme lieu du désir de l'homme.

Pétruchio démonte un à un, particulièrement dans la scène avec le tailleur, tous les subterfuges de la séduction dans leurs rapports avec l'apparence physique que Catherine veut se donner. C'est dans les vers 166 à 180 de la scène 3 de l'acte IV qu'il exprime lui-même le désir de vérité de Catherine à l'aide de paradigmes langagiers qui sont à mon sens la symbolisation même du paradigme qu'utilisé l'hystérique pour mettre en acte, en corps pourrait-on même dire, sa question :"Qui suis-je, dans mon corps, en quoi l'homme peut me désirer ?"

Pétruchio énonce que c'est par des vêtements "tout simples", mais "très propres" que les bourses peuvent être "fières", car "la richesse du corps" est donnée par "l'âme". Si sa femme doit rougir de son pauvre équipage, c'est sur lui que doit rejaillir le blâme.

Je lis dans ces vers que Pétruchio adresse à Catherine le désir de l'homme qui la fera femme.

Qu'en toute simplicité elle doit accepter de recevoir ce "désir" qu'il ne puise qu'en elle et pour elle et que c'est dans cet échange fantasmatique, d'un rien qui fait tout, qu'ils peuvent se soutenir de leur amour et de leur jouissance.

Acceptant sa castration, mais ne cédant pas sur son désir, qui était au départ un curieux désir de renflouer sa bourse, le mari de Catherine devient le dépositaire d'un amour qui lui fait les bourses fières.

Amour de transfert, si l'on veut, car si tout transfert n'est pas de l'amour (et pour nous en convaincre il suffit de ne considérer que le transfert de fonds sur lequel le mariage était basé de prime abord), tout amour n'est-il pas de transfert ?

Souvenons-nous du petit prince de Saint-Exupéry et de la demande du renard : "S'il te plaît, apprivoise-moi !"

C'est au sein de ce lieu particulier qu'est le transfert amoureux que va se révéler celle qui en fait n'était qu'une mégère en attente d'être apprivoisée par celui qui saurait lui faire découvrir ce que son corps recelait comme trésor.

C'est cette découverte de l'amour qui mène Catherine à la grande tirade finale et dans laquelle elle peut exprimer : "Qu'une femme en colère est comme une eau troublée, épaisse, limoneuse et répugnante à voir, Et nul, tout assoiffé, tout desséché soit-il, N'y daignera goûter, en boire une gorgée." La suite de cette déclamation, si elle peut troubler, répugner et faire se dresser les banderoles féministes, est en fait à prendre comme expression véritable du besoin de la femme hystérique de rencontrer "le maître".

"Que veut l'hystérique ?" dit Lacan "un maître qu'elle puisse dominer !"

C'est à partir de ce moment, non traité par Shakespeare, car on peut raisonnablement penser qu'il n'avait pas la réponse que Freud et ses successeurs ont pu tenter de trouver, qu'une issue possible à l'hystérie pathologique peut se réinventer.

Pétruchio est un veinard qui peut à loisir savourer la victoire obtenue et trouver les ressources personnelles nécessaires pour qu'évolue notre belle Catherine amoureuse vers une naissance qu'elle espérait désespérément depuis toujours.

Naître en tant qu'être et "être sexué" acceptant sa castration.

Ce n'est pas un renoncement mais une promotion.

Cette pièce n'est peut-être à lire qu'en avant-propos d'une aventure qui étendra encore bien loin son histoire avant qu'une suite hypothétique du couple Pétruchio / Catherine puisse être écrite.

Rappelons que le terme hystérique doit absolument se départir de toute interprétation péjorative pour ne garder que le sens spécifique d'un état qui peut être normal,  réussi ou bien pathologique.

Sabine Broddes

L'inconscient

12/03/2012

travail présente en juin 2011 et les textes sont dans infos psy.

Le groupe de lecture de l'inconscient a présenté son travail en juin 2011 et les textes de certaines interventions sont dans la rubrique infos psy, à la suite du programme 2012;

La logique de l’informel

date de parution : 2002

DIRIGEANTS SALARIES, Les liaisons mensongères

16/04/2010

date de parution : 2004